dimanche 17 avril 2011

Le vent fait chut.

La neige neige trop alors qu’elle devait s’en aller pis le vent vente trop tout l'temps. Le ciel est tout blanc pis l’asphalte est toute noire, le monde tergiverse moi j’arrive même plus à penser pourquoi don-que la neige neige encore trop alors qu’elle devait s’en aller. Mes cheveux font tic tic tic dans l'vent, on compte le temps moi pis la statique on est ben ben mêlé. La neige fait chier de neiger autant pis le vent de venter sauf qu’il est smatt quand même lui, en passant il m’a soufflé chhuuutttt arrête de brailler c’est enfin la fin oké tic tic tic la neige va s’en aller pis toi avec oké chhuuuuutt.

 Faque c’est ça. Dans une semaine j’va être en congé, la neige va arrêter de neiger pis après ça, c’est l’été. Oké. cchhhuuuuuutttttt.

samedi 16 avril 2011

Crisse de panique.

J’me coupe en quatre pour toute faire correctement j’me plie en deux pour toute protéger comme un grand parapluie mon corps-couteau-parapluie qui fait des p’tit lambeaux de peau-parapluie qui bouche toute les p’tit trous dans les yeux pour les empêcher de se répendre entre les doigts pour les empêcher de s’ennuyer, j’t’habitué.
 
J’plie mon corps circomplexe en deux pour protéger pour mieux parapluiser. Ça fait pas de sens je sais c’est l’bordel dans ma tête dans ma langue dans mes mots dans mon corps. L’affaire c’est que j’peux pas parapluiser en dedans ni en dedans de toi ni en dedans de moi. J’peux pas parapluiser dans la grande marre tsé celle qui s’étend du haut du plexus jusque dans la gorge où tout reste pogné quand on respire où ça reste pris où la grande marre qui à fait son nid ça reste pris la vie se noie tout l’temps.
 
Chaque fois que t’essaie de respirer j’essaye de parapluiser ça sert à rien ça s’passe en d’dans ça s’noie tout l’temps dans ton dedans. J’aime pas te r’garder te noyer. J’aime pas regarder la vie mourir chaque fois que tu respire rester prise dans ta gorge-mandoline qui découpe toute. J’aime pas te r’garder te noyer. Les mots mourir avant de sortir tes soupirs tes hoquets ton corps qui sursaute parce qu’y a besoin que plus de vie rentre tout en même temps j’aime pas te r’garder te noyer. J’aime pas ta gorge mandoline qui découpe toute qui te découpe toi.
 
Je l’sais pas quoi faire pour toute faire correctement j’suis pris dans mon corps circomplexe pis toi dans ta gorge mandoline tout l’temps. On se r’garde on sait même pu quoi faire d’autre que se r’garder pis même pu parler pis rouler sur le plancher pis des fois se flatter l’dos mais pas trop on sait même pu quoi faire pour s’empêcher de se sauver de s‘envoler de se noyer trop longtemps.
 
Crisse de panique, de grande marre de bouette, qui s’étends que’que part dans le haut de ton corps, qui noie tous tes respires, crisse de mandoline qui te découpe les joues pis tes sourires.


Faut que je r’garde toute se noyer, les mots la vie pis toé.

On compte jusqu'à 20 ensemble oké?
 
J’ai un parapluie moi pas une bouée pas une banane pas dé flotteurs pas dé maudits accessoires pour se baigner un maudit parapluie pour quand y fait tempête quand y pleut trop quand y mouillasse quand y neige mouillé j’suis pas bien équipé pour te sauver j’ai juste un p’tit corps-parapluie-circomplexe.

Qu’est-cé que tu veux que j’fasse avec ça devant toi à part pas aimer ça te r’garder te noyer.

J’te dis que j’t’aime mais je l’sais ben, c’est pas assez.

J’te flatte le dos, mais pas trop.

Pis je r’garde les secondes passer.


 
 

jeudi 14 avril 2011

Dormir.

C’est tu possible de sentir à quoi quelqu’un rêve quand tu dors pis que tu te réveille à côté? Parce que moi j’ai tout l’temps peur de ça. Est-ce qu’on est comme transparent quand on se réveille est-ce qu’on peut encore voir les derniers passages de nos rêves en d’sous de nos yeux pis sur notre peau? Même pas les dernières lignes pis les dernières images? Est-ce qu’on peut sentir encore l’endroit où on est allé se sentir encore touché pis ça paraît-tu? Même pas l’odeur pis la marque des doigts?
 
Est-ce que quand on ouvre les yeux notre corps se redessine tranquillement on reste tu toujours un peu imprécis quand on reste pris quand on veut pas s’en aller y reste tu une p’tite partie de nous que’que part là-bas est-ce que tous mes contours mes limites mes formes ne se redessinent pas parce que j’veux rester là-bas?
 
Parce que des fois oui moi quand j’me réveille je sens encore des mains sur moi, est-ce que ça ce voit ça? Est-ce que tu peux savoir que cette nuit j’ai été à que’que part d’assez beau pis que j’ai fait des affaires assez belles? Parce que j’veux garder ça pour moi dans ma tête le plus longtemps possible avant que ça s’évapore. Parce que les rêves ont pas de contours de forme ni de limites mais p’têtre que oui de plus en plus si y gardent les miennes. Est-ce qu’à force de plus vouloir revenir j’peux rester pris là? Ça s’peut tu que j’me réveille toujours un p’tit peu plus brouillon? C’est tu pour ça des fois que j’ai l’impression que ma place est pas ici?
 
J’veux garder ça le plus longtemps possible dans ma tête pis sur mon corps pis sur mes mains pis sous mes doigts pis devant mes yeux pis dans mes oreilles parce que c’est à moi. J’ai besoin qu’on me laisse ça juste à moi, j’ai besoin d’avoir c’te place là pour aller m’cacher mais surtout ces temps-ci j’suis toute mêlée parce que j’pense que j’aimerais ça que ça arrive pour de vrai pis quand j’me couche j’pense fort fort dans ma p’tite tête comment on peut faire pour retourner là c’est quoi le chemin comment je m’y suis rendu l’autre nuit à quoi j‘pensais avant de me coucher, maudit j’aimerais ça que ça soit vrai ces temps-ci.
 
J’aimerais ça aller que’que part d’aussi beau pis vivre ces belles affaires là. L’affaire c’est que dans la vraie vie j’pense qu’y existe pas le chemin pour aller là. Ça se pourrait pas.
 
C’est tu possible de sentir à quoi quelqu’un rêve quand tu dors pis que tu te réveille à côté? J’espère que non parce que ça pourrait me mettre dans l’trouble ces temps-ci.
 

lundi 11 avril 2011

C'est dur de dire bye pour tout l'temps.


Moi avec l'amour j'fais de l'amour-masson. J’aimerais prendre l’amour pis le mettre à côté pis le regarder mais pas toute l’avoir en même temps parce que sinon ça tord en d’dans c’est comme ça on à tous un peu de misère pour que’que chose. Moi c’est pour l’amour faque j’me débrouille avec mon amour-masson.
 
***
 
J’reçois tellement d’amour dans c’temps-ci. J’aimerais mettre tout l’amour que j’reçois dans des p’tits pots Masson. J’les garderais dans l’congélo pour me rafraichir quand il va faire chaud c’t’été quand j’va être loin quand j’va m’être en allé loin. J’les garderais dans l’congélo pour pouvoir les garder frais pour les sortir l’hiver prochain pis les faire chauffer dans une p’tite casserole pour me réconforter quand il fera froid quand ça fera longtemps que j’serai loin pour qu’ils sentent la même chose qu’ils sentent maintenant. Pour que j’me sente comme j’me sens maintenant tout plein de beau pis de bon pis de doux mais rempli de tristesse en même temps. C’est violent l’amour toute en même temps.
 
J’voudrais mettre tout l’amour que j’reçois dans des p’tits pots Masson pour le garder avec moi pas loin mais pas toute dans mon coeur toute en même temps parce que ça fait mal trop de beau pis de bon pis de doux c’est trop rempli de tristesse en même temps pis ça tord en d'dans.
 
J’ai d’la misère à m’en aller, à dire bye pour de vrai bye pour tout l’temps (on va pas s’mentir on le sait).
 
Parce que vous êtes absolument tout parce que vous êtes vous mais que vous l’savez pas pis que si j’men vais qui qui va l’savoir d’autre, je l’sais pas. Parce que j’aurais aimé que vous l’sachiez avant que j’vous dise bye pour tout l’temps.
 
Je l’sais, c’est ça la vie.
 
C’est s'en aller tout l'monde tout l'temps mais j'trouve ça dur de m’en aller, de dire bye pour de vrai bye pour tout l’temps, c’est dur de pas s’mentir quand c’est l’temps.
 
Mais j’suis fatiguée pis j’trouve ça dur de m’en aller pour tout l’temps pis que vous sachiez pas que vous êtes absolument tout parce que vous êtes vous.
 
Pis que j’vous aime assez.
 
Que j’voudrais mettre tout mon amour dans des p’tits pots Masson pour que vous puissiez les garder dans l’congélo pour vous en rappeler tous les jours de l’année pis pas en manquer surtout pas en manquer.
 
Juste pour que vous vous rappeliez que c’est possible, de vous aimer.
 
 
 
Tsé.

dimanche 10 avril 2011

L'oiseau-repère de l'avenue Mont-Royal.


Il était mon gars-repère dans la grande ville de Montréal. On était un peu comme deux perdus qui venaient de la campagne sauf que lui il était plus vieux et plus grand pis ça faisait plus longtemps qu’il vivait là. Quand je suis arrivée il était déjà Montréal. Quand il se promenait sur l'avenue Mont-Royal il avait l’air de s’être toujours promené sur l'avenue Mont-Royal. Il fittait, parfaitement.
 
Plus tard j’ai su que partout où il se trouve il à l’air du gars qui s’est toujours promené où il se trouve. Plus tard j’ai su qu’il avait l’air du gars qui fait rêver les filles, qui leur fait dire p’têtre que j’ai manqué l’homme de ma vie en le laissant passer sans lui parler. Il avait l’air du gars que tu t’imagines dans ses bras mais c’était mon gars-repère, moi je ne le voyais pas comme ça.
 
Mon gars-repère c’était aussi mais surtout mon ami. Je le voyais à Montréal comme le gars qui à l’air de s’être toujours promené sur Mont-Royal mais c’est tout. J’en riais, ça me faisait sourire aussi, mais pas comme un sourire en forme de coeur, comme un sourire en forme d’oiseau avec les ailes pis toute. Il me faisait sourire avec les lignes qui grandissent sur mes joues saillantes comme un oiseau qui s‘envole pis toute. Mon sourire-oiseau s’envolait toujours, il n’était pas fait pour être attrapé, c’est parce que c’était un sourire-oiseau d’amie.
 
Je le voyais rêver des femmes, les chercher, les attendre partout. Elles, je ne les voyaient pas rêver de lui, le trouver et l’attendre partout. Il ne les voyait pas non plus. Il rêvait des autres je pense. Il rêvait d’une autre. Il rêvait de la femme-passé qui ne se trouve pas et ne s’attends pas parce qu‘elle est une momie et qu‘à Montréal les momies ne se trouvent pas. Sa femme-passé-momie ne l‘attendait plus et elle était dans un autre pays. Je les voyaient lui et les femmes, les femmes et lui, et je n’étais qu’une amie. Une amie avec un sexe-muet, un sexe-oiseau qui sourit des fois mais qui s’envole toujours parce que c’est un sexe-oiseau-muet d’amie.
 
Je riais de le voir si enfant et d’être si grand, si poilu, si gars-repère-enfant-perdu qui se promène sur Mont-Royal comme s’il s’y était promené tout l’temps. Je le regardais avec mes yeux-oiseaux qui plissaient et qui s’envolaient avec mes sourires-oiseaux d’amie. Je pleurais le soir parce que mes sourires et mes yeux-oiseaux et même mon sexe-oiseau auraient eu besoin d’un homme-repère. Je mettais mon corps dans de petites cages pour y remédier mais je pleurais souvent parce que ça ne fonctionnait pas. Je pleurais parce que mon sourire et mes yeux-oiseaux s’envolaient dans les rues et dans le ciel sale de Montréal, parce que mon sexe-muet n’arrivait pas à rire et restait prit sous mes jupes, entre mes jambes qui battaient battaient des ailes fort fort dans les artères sales de Montréal, et que mon gars-repère était mon ami et qu’il aimait une femme-passé, il aimait une momie, je pleurais des fois parce que j’étais trop en vie.
 
Un soir d’hiver je sais pas pourquoi il à ouvert sa fenêtre d’appartement de gars de l'avenue Mont-Royal 3ième étage qui donne sur un petit balcon croche qui donne sur la belle nuit de Montréal sur la neige qui recouvre toute le sale sur les lumières qui s’étirent quand tu plisses les yeux sur la neige toute bleue. De sa fenêtre ouverte toute le sale était blanc et multicolore.
 
On était dans un bar il faisait trop noir pour se reconnaître il faisait trop chaud il faisait trop étourdissant pour que mon sourire-oiseau s’envole où il fallait et il l’a attrapé avec sa bouche-repère. Il ne l’a pas lâché de la soirée parce qu’il faisait trop étourdissant et que si on se lâchait on se crashait c’est sur. Dans le taxi on se retenait de quelque chose comme si on se retenait de se reconnaître. Chez eux il faisait noir c’était parfait il à juste prit un petit peu mon sexe-oiseau dans ses mains pour le réconforter il l’a couvert de ses deux grandes mains d’homme-repère il l’a flatté juste un petit peu sur son p’tit nez pour lui dire oké oké ça va aller tu peux t’envoler. Pis on a volé, pis on a dormi. On a dormi la fenêtre ouverte qui donnait sur Montréal en bleu en blanc pis en multicolore.
 
Il était mon gars-repère dans la ville de Montréal. On était un peu comme deux perdus qui venaient de la campagne sauf que lui il était plus vieux et plus grand pis ça faisait plus longtemps qu’il vivait là, dans son appart de gars de l'avenue Mont-Royal 3ième étage qui donne sur un p’tit balcon croche qui donne sur Montréal et ses états-d’âmes et ses milles corps-oiseaux.
 
Il avait tellement l’air de toujours s’être promené là. Il avait l’air de pouvoir toujours se promener là mais c’était pas comme ça. C’était mon ami-repère qui aimait une femme-momie et moi j’étais une fille-oiseau. Je mettais mes dents dans de petites cages et mes doigts dans de petites cages brillantes. J’ai fais mettre une petite cage en acier chirurgical autour de mon nez, autour de mes lèvres aussi, et de mon nombril, et de mes oreilles, et je cherchais d’autres petites parties de mon corps à mettre en cage pour me sentir mieux, pour moins m’éparpiller, mais je pleurais des fois parce que ça ne marchait pas. Je réfléchissais souvent, j’aurais même mis mes orteils une par une dans de petites cages dorées si ça avait pu changer quelque chose, je les aurais enfermées à clé avec une toute petite mini clé dorée pour chacune des cages et je les auraient portées dans mon cou. Elles auraient fait gling gling gling dans le vent parce qu’elles se seraient balancées sur mon petit corps en cage, sur mon petit coeur en cage qu’il faut mettre en cage parce qu’il se bat beaucoup trop fort tout l‘temps.
 
J’ai su plus tard que c’était une bonne chose que je n’ai pas trop mis de petites parties de moi en cage parce qu’avec le temps le vent et les tempêtes et les chaînes avec des petites clés dorées et les barreaux, ça aurait été très long à démêler.
 
De le voir si enfant et si grand, si poilu, si gars-repère-enfant-perdu qui se promène sur le plateau comme s’il s’y était promené tout l’temps, en rêvant en cherchant, ne faisait plus rien du tout à mon sourire-oiseau. Je souriais avec un sourire en forme de coeur maintenant. Mon sourire-grenade rouge en forme de coeur gonflé prêt à exploser. Un sourire dangereux qui me faisait pleurer des fois parce qu’il était trop lourd pour mon corps-oiseau, parce que je ne l’avais pas imaginé comme ça.
 
Plus tard j’ai su qu’il avait ouvert sa fenêtre pendant l’hiver parce qu’il était un homme-oiseau. Parce que son corps était une grande cage qu’il gardait pleine de passé et de momies.
 
J'ai tout fais pour qu'il ne soit plus mon gars-homme-enfant-repère. Il aurait du être un gars-homme-enfant tout court. Il ne me faisait plus sourire il me faisait pleurer avec les vagues grises sous mes yeux pis toute. On avait volé une fois ensemble au moins, pis c’tait vraiment beau, pis c’tait toute.
 
Plus tard j’ai su qu’il était parti chercher sa momie dans un autre pays et qu’il s’y promenait comme s’il s’y était promené tout le temps. Un pays-hiver. Plus tard j’ai entendu dire aussi qu’il s’était trouvé une femme-repère. Je sais qu’ils ne volent pas ensemble, j’en suis sure. Et quelque part ça me fait du bien.
 
Moi je vis toujours à Montréal. Des fois je m'ennuie de mon ami-repère mais je sais que tout ça, ça s'peu pu. J'me suis habituée à Montréal et quand j'me promène sur l'avenue Mont-Royal des fois j'pense que j'ai l'air de toujours m'y être promené. À chaque fois que je passe sous le balcon croche ça m'fait un p'tit pincement au coeur ça fait comme gling gling gling. C'est comme si je m'y étais un peu accrochée, c'est mon appart-repère de l'avenue Mont-Royal à défaut d'y avoir encore mon gars-repère. Je rencontre des centaines de personnes-oiseaux sans repère qui me font de la peine. Je leur souris quand même. Je leur fais de beaux sourires-oiseaux, on se fait de beaux sourires-oiseaux.

J'suis sure que les soirs de belle nuit de Montréal quand on voit bien la neige qui recouvre toute le sale, les lumières qui s’étirent quand tu plisses les yeux, la neige toute bleue et toute le sale en blanc et en bleu et en multicolore, je suis sure que ces soirs là on peut voir du balcon croche du 3ième étage une belle grande guirlande de sourires-oiseaux et de regards-oiseaux qui flottent et qui dansent au dessus de l'avenue Mont-Royal. Je pense que c'est là qu'ils s'envolent, vers mon appartement-repère.

Je rencontre des centaines de personnes-oiseaux qui me font de la peine. On se fait de beaux sourires-oiseaux. Des fois on s’étourdis pis on s’accroche pour une nuit. On se fait croire qu’on a besoin de ça pour s’empêcher de crasher.
 
 
 
 
 

mardi 5 avril 2011

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Quand on rencontre quelqu’un quelque part qui est triste on le sait toujours tout de suite. Il y a quelque chose qui se dégage des gens triste de tellement triste mais beau mais tellement doux mais quand même si triste. Pis la tristesse de l’autre devient un p’tit peu de la nôtre on la comprends un peu on la sent un peu en tout cas, on l’écoute un peu, je pense, en tout cas c'est comme ça pour moi.
 
Oublie pas
Oublie pas
Oublie pas
Écoute moi
un peu
 
J’aimerais ça que tu m’dise que t’es là même si t’es là. J’aimerais l’entendre de ta voix même si t’es.
Là.
 
Oublie pas mon coeur
Oublie moi pas
Oublie moi pas
Oublie moi don pas
Avant qu’on s’écoeure
 
Quand je rencontre des vieux couples qui se sont oubliés je le sais toute de suite. C’est comme avec les gens triste.

Ils sont triste.
 
Quand je rencontre des gens triste je le sais tout de suite. La tristesse de l’autre deviens un p’tit peu de la mienne je la sens un peu en tout cas, je la comprends un peu, je l’écoute, un peu.
 
Quand je rencontre des vieux couples qui se sont oubliés, je sais qu’ils ne se regardent ne se voient même pas comme on regarde comme on voit quelqu’un qu'on rencontre quelque part. On dirait qu’en plus de s’être oubliés ils ont perdu quelque chose de la vue, la petite partie d‘yeux dans laquelle l‘autre existe, celle qui permet de voir d‘une façon spéciale, la petite partie avec des étincelles peut-être.
 
Les gens qui se sont oubliés ne se regardent pas comme on regarde quelqu’un qu'on rencontre quelque part.
Ils ne s’existent plus.
Ils n’existent plus.

J'aimerais ça que tu m'dise que t'es là même si t'es là. J'aimerais ça que tu vois que je suis triste encore.

Oublie pas 
Oublie moi pas
Oublie moi pas
Oublie pas mon corps.
Ste plaît

J’aime ça,

exister encore.
 

dimanche 3 avril 2011

L'histoire des bonbons qui voulait sortir trop vite

Quand j’tais p’tite avec mon frère on essayait de garder nos nerds le plus longtemps possible, c’qu’on faisait c’est qu’on les mangeait un à la fois on avait pas le droit d’en manger plus, on se donnait le droit après 10 minutes ou 30 minutes ou 1 heure d’en manger un deuxième. Je sais pas si mon frère réussissait à manger ses nerds 1 à la fois mais moi je trichais tout le temps. De toute façon on finissait toujours par s’entendre que c’était trop long pis qu’on pouvait toute les manger qu’on le faisait tous les deux en même temps comme ça y en a pas un qui perdait le jeu.

Dans le fond tout à peut-être commencé comme un jeu, tout commence tout le temps comme un jeu. Pis plus qu’on joue plus que ça devient sérieux pis un jour on est pas capable de manger sa boîte de nerds au complet sans se cacher sans se sentir mal sans se dire qu’on avait raison qu’on avait le droit parce que des nerds ça ce mange comme ça c’est tout pis c’est bon plein de goût dans la bouche en même temps. On s'dis ça pis on s'croit pas.

Ça devient sérieux pis on oubli que c’était un jeu que c’était drôle qu’on calculait pour s’amuser, mais c’est pu l’fun pentoute ça devient frustrant c’est comme si on savait qu’on allait perdre parce qu’on sait qu’on va tricher en cachette pis que de manger plein de nerds tout en même temps en moins de 10 minutes ça sera même plus l’fun qu’avoir plein de goût dans la bouche en même temps ça sera même plus si bon que ça.

Toute commence comme un jeu on pense qu’on est deux pis qu’on a du fun pis on se ramasse toute seul tout le temps à même plus avoir de fun. On se ramasse tout seul dans une épicerie à 10 heure du soir à calculer sa culpabilité pis on se fait à croire que c’est un jeu enwaye encore une p’tite heure une p’tite journée une p’tite semaine pis c’est même pas l’fun pantoute pantoute. On se ramasse toute seul dans rue dans chambre dans le corridor à l'école sur sa chaise au travail c'est pareil pis on s'dis on s'dis c'qui faut s'dire pis on s'croit pas.

Moi mon p’tit corps y é plein de nerds y en a partout partout dedans rempli jusqu’au yeux parce que dans mes yeux y a pas de couleurs tant que ça, c’est pour ça que mes joues changent aussi souvent de couleur c’est pour ça que j’ai plein de p’tites bosses sur les cuisses c’est à cause des p’tites billes multicolores sous ma peau. C’est pour ça que j’goûte sucré c’est c’que tu m’dis tout l’temps c’est parce que j’suis pleine de bon bonbons en dedans.

Quand j’tais p’tite avec mon frère on essayant de garder nos nerds le plus longtemps possible mais ça durait jamais longtemps le pire c’est qu’on se dompte même pas avec le temps on sait que ça marchera pas que ça durera pas longtemps pis on joue pareil à des jeux pas l’fun qui durent pas longtemps mais longtemps finalement pis qui nous remplissent de p’tites bosses pis qui goutent même plus sucré parce que c’est plus drôle. Ça arrive tout l'temps quand on est p'tit on s'invente des jeux qui durent tout le temps après toute s'inspire des mêmes jeux toute la vie on s'dis c'qui faut s'dire pis un jour on s'croit même plus.

Ma langue goûte même plus le sucré ma langue est sucré c’est pas pareil c’est parce que j’ai plein de nerds par en dedans j’en suis pleine mais toute goûte amer toute toute même toi quand tu m’dis que j’goûte sucré pis que tu m’dis moi aussi moi aussi liche moi tu goûte amer toi aussi quand tu te promène avec tes doigts sur mon corps bonbon.

J’m’ennuie de mon frère. Aujourd’hui il parle le moins possible il garde ses mots pendant 10 minutes 30 minutes 1 heure 1 année moi j’pu capable de tout garder ça sert à rien de jouer je fini par parler parler parler je peux pu m’arrêter c’est p’t’être parce que j’ai trop joué à me taire 10 minutes 1 heure des années mon corps bonbon dans une boîte tsé comme les nerds quand tu arraches la p’tite porte les bonbons arrêtent plus de couler c’est là que tu peux pas t’empêcher pis que tu les manges toute même que tu mets la boîte dans ta bouche à l’envers pour pas en échapper. C’est ça que j’suis devenu mon corps-boîte à bonbon est toute viré à l’envers pis ça arrête plus de couleur par ma bouche les mots ça parle ça chiale ça crie ça radote tout le temps ça endure plus rien 10 minutes 1 heure 1 semaine 1 année ça peut plus s’empêcher ça fait toute en même ça sort toute en même temps.

Même les lèvres sur mon corps-boîte à bonbon viré à l'envers goutent amer c’est plus drôle drôle ce jeu là à force, la boîte à l’envers qui se déverse pogne l’humidité c’est toute mouillé pis c’est même plus l’fun.

Je sais pas comment mon frère fait pour continuer à jouer pis à se taire avec ces mots qui sortent pas de sa p’tite porte de son grand corps-boîte à bonbons. Avec le temps c’est plus drôle jouer il doit pas avoir plus de fun que moi le problème c’est qu’on s’est pas entendus on sait pas qui qui l’a callé en premier ok on à le droit de parler ou ben tait toi encore 10 minutes 1 journée encore une coupe d’années le problème c’est que je sais plus c’était quoi les règles du jeu si on s’était entendus sur quelque chose ou ben sur rien pantoute.

Qu’essé qu'y à faite que ma p’tite porte s’est arrachée si on s’est pas entendu.

La seule affaire que j’sais c’est que c’est plus drôle de jouer je m’amuse plus.

La seule affaire que j’sais c’est que tous les deux on a perdu p'tit frère,

on s'aime plus.

samedi 2 avril 2011

terre et mer.

Quand je regarde dans un diamant je sais pas si l’intérieur est vert bleu ou blanc. Je sais pas ce qu’il y a dans le fond de tes yeux si c’est bleu vert ou blanc, s’il y a vraiment un bout ou si c’est juste un grand trou. Je sais pas si le fond de ta tête est vert bleu ou blanc, si toutes tes pensées sont de la même couleur ou si elles se mélangent ou si elles changent ou de quoi elles parlent et si elles pensent et si des fois elles changent d’idée et si des fois elles ne savent pas.
 
Comme moi.
 
Quand je regarde dans un diamant je sais pas si l’intérieur est vert bleu ou blanc. Je sais pas si le fond de tes yeux est vert bleu et blanc parce qu’il y a une mer à l’intérieur si t’es toujours prisonnier de ta mère si t’es amer ou à la mer je sais pas si dans ta tête c’est la dérive si t’as le mal de mer si t’as mal tout court ou si le vent souffle juste assez un p’tit peu ou si tu sais pas le vent il souffle comment ou si tu ne sais pas c’est quoi seulement.
 
Comme moi.
 
Pourtant je rêve de diamants je rêve de ton intérieur de toute ton dedans je veux le savoir par coeur savoir si c’est bleu vert ou blanc ou noir ou jaune et mauve ou orange ou gris juste gris ou toutes les couleurs en même temps.
 
Comme moi.
 
Tes yeux sont pas précis il vente dedans il pleut dedans est-ce que tu savais que j’ai le mal de mer? Depuis que je suis toute petite ça me rends malade.
 
Mes yeux sont presque noirs ils se taisent et dedans dis moi quelles couleurs tu vois ou si tu le sais pas seulement.
 
Comme moi. Je suis encore toute petite et toujours malade. Est-ce qu’on s’habitue à ça est-ce que c’est correct s’il y a du vent juste assez un petit peu est-ce que ça passe avec le temps?
 
J’ai mal en bateau quand ça bouge trop je préfère juste assez un petit peu. Mais j’aime la pluie quand il fait chaud j’aime courir dedans même dans le gros vent j’aime l’eau mais pas dans un bateau, j’aime l’eau quand je sais ce qu’il y a dedans.
 
Mais est-ce qu’une goutte d’eau dedans c’est bleu vert ou blanc?
 
Tes yeux sont comme la mer quand on sait pas ce qu’il y a dedans je voudrais savoir s’il y a des gros poissons s’ils sont gentils ou méchants s'il y en a qui piquent et qui chauffent s’il y en a qui mangent d’autre poissons s'il y a beaucoup d’algues et comment elles sont est-ce qu’elles peuvent s’enrouler autour de mes chevilles ou si elles chatouilles seulement.
 
Pas toi.
 
Toi je te sais, je sais comment tu es grand c’est quoi ta forme comment tu es lourd sur mon petit corps je connais le contour de ton corps tout en ligne parfaite avec les poils qui dépassent je sais que je suis en sécurité avec ton corps tout en contours mais dans l’eau avec ton corps-contour dans la mer sommes nous en sécurité? T’es le corps-contour de quoi? Qu’est-ce qui est mou en dedans qu’est-ce qui rebondi des fois qu’est-ce qui est dur en dessus qu’est-ce qui en dessous chatouille fait mal rire pleurer ou rien du tout? Ton corps-contour en lignes parfaites avec un peu de poil qui dépasse des fois fait le tour de quoi? C’est tu la mer qui de tes yeux descends c’est tu vert bleu ou blanc ou vert bleu et blanc?
 
Je sais pas.
 
Pis ça adonne que t’as de maudits yeux bleus de mer, et moi des yeux silencieux des yeux qui se taisent des grands yeux presque noirs de père.
 
Pourtant je rêve de diamants je rêve de ton intérieur de toute ton dedans de savoir par coeur si c’est bleu vert ou blanc ou noir ou jaune et mauve ou orange ou gris juste gris ou toutes les couleurs en même temps. Je rêve de diamants je rêve de ton intérieur de toute ton dedans de savoir par coeur ton coeur en même temps.
 
Peut-être que je pourrais examiner tes yeux encore une coupe de nuits avant de décider si je nage ou pas dedans peut-être que je pourrais essayer de deviner si c’est vert bleu ou blanc ou peut-être que je pourrais décider que ça peut être n’importe quoi et que je sais juste pas finalement.
 
Peut-être que je pourrais juste mettre une petite partie de moi dedans pour habituer mon corps, peut-être que tu pourrais me mettre juste un peu de tes yeux dans le cou sur les poignets et sur les chevilles pour que mon corps s’habitue à toi tranquillement.
 
Je sais pas peut-être.
 
Peut-être que les mamans et les papas sont tous comme ça et que c’est pas grave si on sait pas, que ça nous empêchera pas d’avoir des enfants bleus verts et blancs, des enfants diamants, des enfants terre et mer.
 
Je sais pas, tu pense qu’on y arrivera même si j’ai les yeux presque noirs et que j’ai le mal de mer?
 
Je sais pas.
 
J’espère.